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ARGAN OIL
 
Ces femmes nées de l'arganier
L’huile d’argan produite par les femmes berbères du
sud-ouest du pays, est leur fierté, mais aussi le signe d’une
liberté récente, d’une indépendance gagnée durement face un
statut social ancestral.
par Monique Cabré
publiée le 01/08/2007
Liquid Gold

Une affaire de femmes
Le soleil se lève sur les contreforts du Haut-Atlas, dans la région de Taroudant et des villages qui s’éparpillent dans la campagne environnante. Allègrement, en chantonnant, un groupe de femmes
quitte dès l’aube leur village. Magnifique image que celle de ces voiles et tissus aux couleurs vives, portés par le vent dans la fraîcheur matinale. Contraste étonnant avec un paysage aride, caillouteux que le soleil va bientôt rendre insupportable. En ce début du mois d’août, nous sommes en pleine récolte des fruits de l’arganier, un travail de femmes comme le veut la coutume. Dans ces populations berbères installées entre la côte Atlantique et les Monts de l’Atlas, elles participent depuis leur plus jeune âge à la
récolte des fruits. Seuls ceux qui jonchent le sol sont récupérés car l’arganier, hérissé d’épines, rend la cueillette impossible.

“Cueillir les fruits de l’arganier est très pénible, nous confie l’une d’entre elles, nous devons faire attention aux piqûres d’insectes et surtout aux serpents. Et puis rester du matin au soir sous le soleil
n’est pas bon pour la tête et le corps. On finit aussi par avoir mal au dos à force de se tenir accroupies. Travailler l’huile d’argan est très dur, mais nous n’avons pas le choix car nous avons des enfants et
avec ce qu’on gagne, on peut aussi aider nos maris.” Les conversations s’animent tandis que les paniers se remplissent. Les ânes patientent sous les arbres, alors que dans leurs bâts est déversée la précieuse récolte débordante. Ce cortège revient vers le village où le travail de l’huile d’argan va se dérouler, là, d’une façon totalement artisanale.

Trente à cinquante kilogrammes de noix, soit la portée totale d’un arbre, sont nécessaires pour produire un litre d’huile. Comme dans l’arganeraie, les femmes unissent leurs efforts afin de rendre les tâches moins fastidieuses. Assises à même le sol, elles répètent sans relâche les mêmes gestes. Certaines dépulpent le fruit, retirent cette écorce épaisse, et d’autres cassent le noyau, cette coque dure qui peut renfermer jusqu’à trois amandons. Le temps s’écoule au rythme de chants fredonnés et du bruit implacable de la pierre qui vient casser d’un coup sec et précis, le noyau du fruit. “Il faut briser la coque sans endommager les amandes et sans se blesser les doigts, explique Aïcha. Lors du concassage, il ne faut pas écraser les amandes, c’est pourquoi j’étale un tissu propre sur lequel elles tombent sans risque. Je dois faire attention à tout.”

Pour renforcer l’arôme, les amandes sont d’abord torréfiées. Plus la torréfaction est longue, plus la saveur est prononcée. Il n’y a pas de temps de cuisson précis, les femmes se fient à leur expérience.
Pour alimenter le feu du brasero en terre, elles utilisent le bois mais également les brisures de coques. Lentement, elles remuent les amandons pour éviter qu’ils ne brûlent. Il se dégage alors une bonne odeur de noisette grillée. Les amandes perdent leur goût amer et se teintent d’une jolie couleur brune.

Une fois torréfiées, elles sont broyées dans une meule manuelle, la rhâ : les amandons sont écrasés entre deux grosses pierres, les femmes tournant lentement et régulièrement la pierre du dessus avec un manche en bois. On peut voir alors se déverser dans un récipient en terre cuite, une pâte qui sera par la suite malaxée entre les mains, puis broyée en l’additionnant d’un peu d’eau tiède pour mieux la pétrir.

L’extraction de l’huile prend des heures. Il en faut de l’énergie et de la force pour tourner inlassablement le bras de la meule. Mais au final, l’effort paie : elles obtiennent une pâte compacte, appelée tourteau qui contient encore 20% d’huile.

Les femmes font une pause pour le déjeuner et préparent le tajine traditionnellement arrosé d’un filet d’huile d’argan. Cette huile qui séduit de plus en plus Européens et Américains, est utilisée par les
berbères depuis la nuit des temps. Pendant que le tajine mijote, Fatima en profite pour réduire les tourteaux qui ont séché au soleil. Avec une pierre, elle les réduit en petits morceaux qu’elle porte aux
chèvres qui en sont friandes. Le tourteau est très nourrissant et donne une saveur particulière à la viande. Rien ne se perd dans l’arganier.

De l’artisanat à la coopérative
Zoubida Charrouf est bien connue des femmes qui travaillent dans les coopératives d’huile d’argan. Chercheuse en chimie organique àl’Université des Sciences Mohammed-V de Rabat, elle sillonne les
routes du sud-ouest du pays, Taroudant, Tioute… depuis une douzaine d’années. Elle est à l’origine de la création des premières coopératives de femmes dans cette région. Financées partiellement par l’état, ces coopératives ont pour rôle de préserver l’aspect économique et culturel de l’arganier dans les régions du Sud.

Lorsqu’elle a fondé la première coopérative, elle a rencontré une vive opposition. Beaucoup d’hommes avaient du mal à accepter l’idée que leurs épouses puissent travailler en dehors du foyer familial. “Au début, dit-elle, peu de femmes ont adhéré à ce projet ; il s’agissait essentiellement de veuves et de divorcées sans ressources et sans la présence d’un homme pour les empêcher de sortir de chez elle. Peu à peu, il s’est établi une confiance et la situation s’est renversée. Certains hommes sont venus me voir pour demander à ce que leur femme travaille à la coopérative. L’amorce d’une évolution sociale était lancée.”

A la coopérative, les femmes se réunissent dans une salle pour traiter les fruits de l’arganier. Seuls la récolte et le concassage des noyaux se font encore à la main. Le travail n’en reste pas moins pénible, mais elles sont en groupe et animent la journée de chants, de bavardages, entrecoupés d’un verre de thé.

L’utilisation de machines contribue à la modernisation du système. Le travail manuel de Fatima est minutieusement enregistré après sa journée de huit heures. Le poids de son panier d’amandes est inscrit dans le cahier de travail dont les données serviront à calculer sa rémunération. Elle ne sait ni lire, ni écrire et signe avec l’empreinte du pouce.

Le calibrage et le nettoyage des amandes sont effectués avec une machine. Cette opération fastidieuse quand elle est faite à la main, ne prend ici que quelques minutes. Les amandes sont torréfiées dans un cône adapté et d’une utilisation simple. Le pressage des amandes torréfiées se fait également à l’aide de machines. La coopérative fabrique de l’huile culinaire, mais aussi de l’huile cosmétique pour les soins de la peau et des cheveux. Elle possède également des vertus curatives et s’applique par massages. Les machines extraient la moindre goutte d’huile. Le tourteau qui sort sous forme de baguettes est totalement sec. Une fois purifiée et filtrée, l’huile est mise en bouteilles. Les coopératives produisent
pour le marché intérieur mais aussi de plus en plus pour le marché international.

Dans le cadre de ses recherches, Zoubida Charrouf accompagnée de quelques étudiants, va de maison en maison afin de récolter les noyaux d’argan dont la pulpe a été consommée par les chèvres. Leur but est de vérifier si l’huile obtenue après que les noyaux aient transité par l’appareil digestif des bêtes, est de qualité égale. Bon nombre de femmes se servent des chèvres pour s’affranchir de la fastidieuse opération du décortiquage et pourtant les études prouvent qu’elle ne possède plus autant de propriétés
intéressantes. Cette huile obtenue à partir de ces amandes est vendue dans la rue. Les coopératives n’ont pas le droit d’utiliser ce type d’amandes.

Exportée vers les pays de l’Union Européenne, l’huile doit satisfaire à des critères rigoureux : pureté, saveur et odeur. L’huile rance ou trouble est refusée. Elle sera alors consommée à la maison ou vendue sur le marché local. Dans un second temps, elle est analysée en laboratoire, filtrée, purifiée. La femme ne touchera le montant inscrit sur le reçu, que lorsque son huile aura été validée. C’est cette qualité reconnue, qui garantira un meilleur revenu aux membres de la coopérative.

“L’huile d’argan a apporté aux femmes d’ici”, raconte Zohra, une contrôleuse, “beaucoup de changements dans leur vie, socio- économique, une émancipation et aussi une amélioration de la protection environnementale. Elles sont davantage conscientes que le fait de protéger l’environnement leur offrira pour l’avenir, une source de revenus accrue. Tout est lié.”

Au cours des cinq dernières années, les exportations vers l’Europe ont été multipliées par dix. Une évolution exponentielle qui profite aux femmes des coopératives. Toutefois si leur emploi est garanti, leur rémunération est encore faible. 1.200 DH/mois, une somme inférieure au salaire minimum légal.

Un vent de liberté
Khadija est une des premières à avoir intégré la coopérative. “Au début, mon mari était réticent, il ne voulait pas que je laisse les enfants à la maison pour aller travailler. Il a fini par céder et j’ai donc commencé à m’y rendre. A la naissance de mon fils, je l’ai emmené deux mois avec moi et après, ses sœurs se sont occupées de lui. J’ai expliqué à mon mari que je voulais travailler, comme les autres femmes.

Nous en avions besoin pour vivre ; de nos jours, ce n’est pas une honte pour une femme de travailler et ainsi de subvenir aux besoins de sa famille. C’est d’autant plus juste dans mon cas que la situation de mon mari est très précaire.” “Il y a vraiment beaucoup de progrès, dit Zoubida Charrouf, et c’est très réconfortant d’entendre une femme vous dire : “Maintenant je marche la tête haute” ; c’est très significatif d’une évolution sociale en pleine progression.”

La création des coopératives de femmes fait ainsi vaciller la répartition traditionnelle des rôles au sein des familles. Les femmes acquièrent peu à peu une certaine indépendance et ont plaisir à se retrouver, à sortir de la cellule familiale, même si le travail est ingrat. Certaines ne se sont jamais rendues à la ville. Elles ont le sentiment d’exister, par rapport à la société et surtout au plus profond d’elles-mêmes. Le salaire certes n’est pas encore suffisant, mais cette fierté acquise n’a pas de prix. Elles sont devenues responsables, se rendent à la banque, retirent de l’argent… une émancipation formidable. Emancipation qui passe par la commercialisation à large échelle du fruit de leur labeur.

Karim Elabed y participe activement. Il est le directeur d’Alter Eco Africa & Middle East basé à Casablanca. Son rôle consiste justement en la mise en place de filières de produits équitables dont l’huile d’argan fait partie, et de sa commercialisation dans les circuits modernes de la grande distribution en Europe et dans d’autres parties du monde. “L’huile d’argan, précise-t-il, est un produit qui correspond totalement à la philosophie du commerce équitable consistant à promouvoir un développement durable à travers la mise en valeur de l’aspect économique, social et environnemental”.

Commerce équitable
La démarche d’Alter Eco est avant tout de se montrer solidaire vis-à-vis des petits producteurs défavorisés du Sud qui, grâce à la commercialisation de leurs récoltes, peuvent renforcer leurs structures à long terme. Elle assure également des partenariats solides et durables avec des groupes de producteurs d’Afrique, d’Asie et d’Amérique centrale et latine. Les critères de sélection de la gamme Alter Eco résident dans la qualité gustative du produit (dégustation organoleptique et analyses physico-chimiques et microbiologiques).

L’huile d’argan doit répondre également aux impératifs légaux d’importation des produits de consommation. Le travail s’effectue en collaboration avec des petits producteurs qui cultivent en moyenne un hectare. L’aspect collectif est primordial car il permet la concrétisation d’investissements divers : structures de transformation, conditionnement, fonds de microcrédits, achat d’engrais naturels… La définition du prix des produits permet de couvrir la totalité des coûts de production et de partager les
bénéfices afin d’assurer aux producteurs un revenu honnête et durable.

“Dernièrement s’est tenue “La semaine du commerce équitable” avec la mise en rayons dans la grande distribution des produits issus des filières paysannes que nous soutenons”, précise Karim Elabed. “Cela constitue un précieux débouché pour les petits producteurs, mais aussi une reconnaissance de leur savoir-faire traditionnel.” Une vraie mission d’accompagnement inscrite dans une démarche de développement durable, et qui par contrecoup, permettra aux femmes des arganeraies de mieux gagner leur vie.

A Tioute, la journée se termine. Fatima reçoit son salaire, soit une quote-part du chiffre global de la coopérative. L’argent lui permet de nourrir sa nombreuse famille et Fatima rapporte actuellement plus d’argent que son mari. Ce dernier avoue : “Au début, j’étais contre le fait qu’elle travaille là-bas, explique son mari. Pour les hommes c’est une honte vis-à-vis des autres. Et puis quand on s’est rendu compte que c’était une façon de mieux s’en sortir, beaucoup d’hommes ont demandé à ce que leur femme entre à la coopérative. Moi je l’ai encouragée à s’y rendre.”“Il y a encore peu de temps, confie-t-elle, il aurait été inconcevable que des villageoises sortent de chez elles pour se rendre au travail, qu’elles aient un métier et qu’elles soient accueillies par leur mari en rentrant le soir.” Une vie plus digne, greffée dans l’écorce robuste et généreuse de l’arganier. n

Remerciements à Splendia pour la qualité de ses services, aux Riad Mimouna à Essaouira et Riad des Golfs à Agadir, pour leur collaboration efficace.

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